« L’heure zéro » en deux heures – Cours d’histoire vivant(e) avec Waldtraut Treilles


Une visite particulière.

Madame Waldtraut Treilles et les Terminales Abibac

Madame Waldtraut Treilles et les Terminales Abibac

Nous avons reçu ce lundi 19 septembre au lycée Roland Garros une visite assez particulière. Auteur de plusieurs ouvrages souvent autobiographiques et ancienne professeure d’allemand au sein du lycée, Waldtraut Hélène Treilles a accordé aux 21 élèves de Terminale AbiBac une interview exclusive de deux heures où elle tentera, en allemand, de résumer la complexe histoire de sa vie.

La charmante dame a, en effet, un passé chargé d’histoire. Née en 1926, elle a 18 ans un peu avant la fin de la Seconde Guerre Mondiale ; elle travaillera à ce moment là dans un camp de travail, et bien qu’elle soit à cent pour cent pacifiste, elle sera obligée de fabriquer des munitions. Elle vit à ce moment en Poméranie, dans l’est du Reich allemand (l’actuelle Pologne), mais elle va, à la fin de la guerre, être expulsée par l’armée rouge qui prendra possession de ces territoires anciennement colonisés par l’Allemagne. À partir de ce moment, tout pour elle va changer, obligée de fuir sa maison, son pays et tout ce qu’elle a connu auparavant, elle prendra un nouveau départ dans la zone d’occupation britannique, plus précisément à Hannovre (Allemagne de l’Ouest).

La classe ayant abordé en littérature AbiBac le thème de l’après-guerre, notamment, au travers des nouvelles de Wolfgang Borchert, eut ainsi l’occasion d’avoir le récit autobiographique de Madame Treilles en parallèle. Les thèmes illustrées dans les nouvelles vues en cours trouvent un écho impressionnant dans ce qu’elle livre aux élèves. Les questions fusent alors: Mais que font les gens après la guerre? Quel est le quotidien de ces Allemands ayant vécu la guerre? Et Madame Treilles répond tantôt en riant, tantôt en chantant à toutes les questions en allemand.

Elle nous dira: « Tu ne penses pas à autre chose qu’à la faim après la guerre. » Le sujet numéro un était LA FAIM, les gens n’avaient pas le temps de penser à autre chose: «Der Mensch wird ein Tier». C’est-à-dire, l’humain perd ce qui fait de lui un humain conscient. Il ne pense qu’a survivre, et pour ça à manger. Le thème de l’amour devient pour la génération d’après guerre insignifiant. Les gens dansaient quand même, nous raconte-t-elle, cependant sur des thèmes surprenants tel celui d’un serial killer de l’époque qui « faisait de saucisses avec les gens ». Elle décrit les gens comme secs, vides d’émotions, pensant l’amour comme dérisoire, presque comme un luxe auquel il est interdit d’y même songer.

Madame Treilles semble néanmoins, malgré les nombreuses péripéties auxquelles elle a été confronté, être désormais tranquille et paisible. Elle conclut l’interview par «La guerre ne rend les gens jamais meilleurs. », nous offrant ainsi un message de paix.

(texte et traductions : Lucile Payet, T L1)