Sortie en mer

La cerise sur le gâteau ou plutôt la bosse sur le dos de la baleine : la sortie en mer, le dernier jour du congrès. Le vendredi 7 juillet, la Région Réunion avait réservé deux bateaux du Grand Bleu, spécialiste des tours d’observation des animaux marins, pour une séance de « whale watching » et une découverte du chantier de la Nouvelle Route du Littoral (NRL) depuis l’Océan.

  
Partis au petit jour du port de Saint-Gilles les Bains, nous avons pu croiser la route de grands dauphins indo-pacifiques dans la baie de Saint-Paul. En respectant la charte et son injonction des 50 mètres de distance, nous sommes restés quelque temps avec eux, très tranquilles malgré la taille conséquente du bateau.

     
Puis nous sommes arrivés en face de la Grande Chaloupe, au niveau de la construction du viaduc de la Possession. La NRL commence à cet endroit-là par le chantier d’une digue colossale gagnée sur l’océan et se poursuit par le viaduc qui ressemble à un pont sur l’eau. C’est le premier chantier de cette ampleur à La Réunion, plus impressionnant et plus technique que la Route des Tamarins. L’ouvrage devra résister à la houle océanique. Il sera composé à 50% de digues de part et d’autre, de façon à privilégier un moindre coût et les emplois locaux car le viaduc nécessite plus d’experts extérieurs à notre île.
Yves Capon de l’Association Biotope nous a expliqué les mesures prises pendant le chantier pour préserver l’environnement, notamment la végétation, les coraux et, ce qui nous intéresse aujourd’hui, les dauphins et les baleines à bosse. 80 millions d’euros, c’est-à-dire 5% du budget total, ont été consacrés à la préservation du milieu.

   
D’abord la construction de la NRL a été précédée, en 2011-2012, d’études approfondies sur le milieu marin dans la zone, de façon à limiter l’impact des travaux. Le maître d’ouvrage prévoit des mesures compensatoires dans le cadre de l’amélioration des conditions de quiétude des mammifères marins pour la durée du chantier. Par exemple, l’étude du sol sous-marin a permis de modifier la technique de forage pour les piles du viaduc : au lieu de les enfoncer à grands renforts de bruits, on a conçu une semelle dans laquelle la pile s’insère, limitant ainsi les nuisances sonores.
Parmi les dispositifs en place, nous pouvons citer les mesures suivantes :
– chaque jour avant le début des travaux, on survole la zone en ULM pendant une trentaine de minutes pour vérifier qu’il n’y a pas de dauphins ou de baleines dans les parages
– des sorties en mer sont également prévues 4 à 6 fois par mois pour vérifier la fréquentation du site par la faune locale
– des appareils de mesure de la turbidité de l’eau (si l’eau est trop trouble à cause des particules du chantier, les travaux doivent s’interrompre) envoient des données continues
– des bouées acoustiques enregistrent 24h/24 les bruits du chantier sous l’eau : s’ils dépassent 160 décibels à 750 mètres de la côte, les travaux s’arrêtent (c’est arrivé 3 fois depuis le début du chantier)
– pour limiter les nuisances sonores, des rideaux de bulles (tuyaux percés qui envoient de l’air sous l’eau) entourent les zones de travaux et atténuent les bruits.

  
Les contrôles de l’impact du chantier sur l’environnement sont multiples : au suivi de la Région Réunion et de l’association Biotope, s’ajoutent les suivis propres aux entreprises de construction et ceux des services de l’Etat. Finalement, après deux ans de chantier, on constate qu’il n’y a apparemment aucune différence significative dans le comportement des baleines et des dauphins, nous dit Yves Capon.

Nous sommes rentrés au port après 5 heures d’excursion passionnante, avec un seul regret : ne pas avoir vu la star du congrès, la baleine à bosse.