La Bèl Parole et le monde du cinéma

Le vendredi 13 septembre, les élèves de l’atelier cinéma se sont rendus à la Médiathèque du Tampon pour rencontrer des professionnels du cinéma, grâce au Festival La Bèl Parole.
Trois personnalités du 7ème art réunionnais étaient présentes : Elsa Dahmani, présidente de Ciné Courts et Talents la Cour, Pierre Erudel réalisateur de clips et de court-métrages ainsi que Vincent Fontano, dramaturge et réalisateur que les jeunes avaient déjà rencontré au lycée Roland Garros deux jours avant.

Pierre a montré deux de ses films aux élèves : « Lèr larivé » et « Culpabilis » qui a été primé au Festival Même pas peur. Son objectif : « faire des films où on reste réveillé ». Il a parlé de ses difficultés d’écriture et de financement, c’est un jeune réalisateur indépendant qui produit lui-même ses films, les monte et utilise des banques de sons sur internet comme « audio jungle ». Il a l’art de « faire le plus avec le moins » en se réappropriant les codes du cinéma. Les films de genre lui servent de modèles mais il considère la spécificité du cinéma réunionnais comme une plus-value. Son film « Culpabilis » est en créole, tout comme « Blaké » de Vincent Fontano. Ils ont tous les deux fait partie de la première promotion des Talents La Cour et bénéficié de l’aide précieuse d’Elsa.

Les deux réalisateurs ont parlé aux élèves des qualités d’un bon scénario, mais « il n’y a pas de recette miracle ». Il faut bien sûr qu’il soit bien écrit, qu’il véhicule des émotions mais aussi qu’on puisse le pitcher en une phrase. Vincent a dit que son travail de théâtre avait nourri son film, mais que l’essentiel, c’était que le scénario réponde à une urgence personnelle, à la fouille intime d’une question ; la bonne réception du film n’est qu’un bonus, pas un objectif.

C’est dans cet esprit que Vincent Fontano a réalisé « Blaké », un film qu’il présente lui-même comme « compliqué, difficile d’accès ». Mais selon lui, « le court, c’est l’endroit où on peut prendre des risques. » Pendant 22 minutes, deux vigiles discutent dans un parking la nuit. Le regard caméra des premiers plans contraint le spectateur à se retrouver dans ce parking avec le personnage dont il subit la parole avec violence, ce qui crée un malaise mais aussi une certaine empathie. Le travail de la lumière a été particulièrement soigné ; Vincent a parlé de ses modèles : Le Caravage pour la lumière, mais aussi Clouzot, Bong Joon-Ho ou Kore-eda pour la construction du récit cinématographique. Comme il joue le rôle du personnage principal de son film, il mentionne la difficulté de la double casquette : « le doute est multiplié par deux » . Il ne veut pas jouer dans son prochain projet, « Edouardo », mais réaliser, « expérimenter, chercher ».

Les conseils des pros aux jeunes cinéphiles :
– Elsa : « venez nous voir ! ». Talents la Cour aide les aspirants réalisateurs dans leurs projets, il faut surveiller l’actualité sur Facebook, participer à des concours, faire de la figuration dans des tournages pros…
– Pierre : « restez créatifs ! ». Il ne faut pas avoir peur d’être original pour se démarquer.
– Vincent : « nou la rouv’ in porte, i fé pa lontan qu’il y a du cinéma à la Réunion, c’est que le début du somin. Zot génération i doit fèr le pas après et fèr mieux. Mi donn’ a zot les clés, na plu de raison d’avoir peur ! »