Rencontre cinématographique avec Emmanuel Parraud

Les élèves de l’atelier cinéma ont rencontré le réalisateur Emmanuel Parraud et découvert son dernier projet de long-métrage, « Maudit ! ».


Son film traite de la crise identitaire d’un personnage, Alix, liée à l’Histoire de La Réunion, et s’apparente au fantastique. Original et saisissant, il propose, dit l’auteur, une « réalité irréelle » car il demande au spectateur de reconstituer la fiction et il le fait rentrer dans un « processus imaginaire », une « représentation mentale » particulièrement déroutante. Hanté par l’esclavage et la culpabilité, Alix a du mal à trouver sa place dans La Réunion d’aujourd’hui.
Tourné en 2018 et 2019, « Maudit ! » n’est pas encore terminé (pas de générique, étalonnage incomplet) et les élèves ont pu échanger avec le réalisateur, poser des questions, donner leur avis qu’Emmanuel Parraud a écouté avec beaucoup d’attention. C’est une chance de rencontrer un artiste et son œuvre en cours de production.
Interrogé sur son engagement cinématographique (Emmanuel Parraud peut se féliciter d’une longue carrière dans le cinéma d’auteur, ayant notamment réalisé « Sac la mort »), il a vanté la polysémie de la création artistique car pour lui « l’art sublime la réalité ». Il a également analysé en détail une séquence du début de « Maudit ! », en montrant aux élèves comment il a caractérisé les personnages par la mise en scène, le choix du cadre, des costumes, les dialogues, créant ainsi un « climat d’étrangeté » propre à intriguer le spectateur.
Le débat a porté sur l’art, mais aussi les impératifs économiques liés au cinéma. Pour Emmanuel Parraud, « l’adéquation entre un budget et une esthétique, ça se réfléchit. » En excellents termes avec son producteur, il a tourné son film dans des sites tels que la Plaine des Palmistes et le Musée Villèle, et il a pu bénéficier d’aides de la Région Réunion dans le financement de son film. En effet, « Maudit ! » est une œuvre réunionnaise, les prénoms des personnages principaux en témoignent (Alix et Marcellin), ainsi que des dialogues qu’on entend dans notre île, certains stéréotypes que l’artiste questionne. Pas de dimension touristique ici, mais des influences diverses : certaines superstitions locales, comme celle des « âmes errantes », mais aussi des modèles cinématographiques comme « Fog » de Carpenter (pas besoin d’effets spéciaux avec l’incroyable brouillard naturel de la Plaine des Palmistes) ou les films de Lars Von Trier, Hitchcock et Lynch.


Depuis la rentrée, les élèves de l’atelier cinéma bénéficient donc de moments exceptionnels de rencontres avec la création : après Vincent Fontano pendant La Bèl Parole, Emmanuel Parraud a échangé avec les jeunes de Roland Garros, et ce sera le tour de Joaquin Breton, réalisateur d’origine argentine, d’intervenir le mercredi après midi dans le cadre d’une résidence artistique avec l’association Lookatmekid en novembre prochain. Affaire à suivre !